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Pourquoi le tourisme à Bohol chute-t-il de 59 % en 2026 ? Ce que disent vraiment les chiffres
170 016 arrivées au premier trimestre 2026 contre 417 142 un an plus tôt : voici ce que ces chiffres partiels disent, et ne disent pas, sur le tourisme à Bohol.
13 septembre 2026 · 11 min de lecture

Bohol, ce n'est pas seulement les Chocolate Hills, les tarsiers, Balicasag et Alona Beach. C'est un point que je répète souvent, et il est au cœur de ce que racontent les chiffres de 2026.
Au premier trimestre 2026, la province a enregistré 170 016 arrivées de visiteurs, contre 417 142 sur la même période en 2025, soit une baisse d'environ 59 %. Dans le détail, les arrivées domestiques reculent d'environ 73 % et les arrivées étrangères d'environ 40 %. Ces données proviennent du Regional Economic Situationer du DEPDev pour les Visayas centrales, relayé notamment par The Freeman / Philstar et SunStar Cebu.
Première précaution : ces chiffres sont partiels
Avant toute interprétation, une mise en garde que je trouve essentielle et qui figure dans la source elle-même : les planificateurs régionaux attribuent une partie de la baisse à un report de données incomplet. Autrement dit, tous les établissements n'ont pas transmis leurs statistiques pour le trimestre.
Un chiffre partiel n'est pas un chiffre faux, mais il ne se lit pas comme un chiffre définitif. Une chute de 59 % sur un trimestre, dans une province qui avait dépassé le million d'arrivées annuelles, doit donc être prise comme un signal fort, pas comme une mesure exacte de l'effondrement.
Ce que je retiens : la tendance est réelle, l'ampleur exacte reste à confirmer.
Ce que l'on peut dire, et ce que l'on ne peut pas dire
On ne peut pas attribuer les -40 % d'arrivées étrangères aux Européens ou aux Américains. La ventilation par nationalité pour 2026 n'est pas assez détaillée publiquement pour quantifier précisément la contribution de chaque marché.
Ce que l'on sait, en revanche, c'est le poids historique du marché coréen. Les arrivées coréennes à Bohol étaient passées de 136 397 en 2023 à 233 280 en 2024, avant de reculer d'environ 30 % en 2025 selon le Bohol Chronicle. Le conseil provincial du tourisme a lié cette baisse à des préoccupations de sécurité et au coût du voyage, comme l'a rapporté BusinessWorld.
Quand un marché qui représentait une part importante des vols directs et des nuitées se contracte, la mécanique est simple : moins de sièges vendus, moins de liaisons rentables, moins de liaisons donc moins d'arrivées. Mais je m'arrête là : dire « les Coréens expliquent X % de la baisse 2026 » serait inventer un chiffre.
La baisse domestique est le vrai signal
Le point le plus frappant du trimestre n'est pas l'international, c'est le domestique : environ -73 %.
Les Philippins sont le premier marché de Bohol. Ce sont eux qui remplissent les week-ends, les ponts, les vacances scolaires, les resorts de milieu de gamme et les pensions familiales. Quand ce marché-là recule autant, ce n'est plus une question de vols internationaux ou de réputation à l'étranger : c'est une question de prix, de perception et d'alternatives.
Un touriste de Cebu ou de Manille compare. Et Bohol est aujourd'hui comparée à Siargao, à Camiguin, à Coron, à des destinations où il estime en avoir davantage pour son argent.
Panglao et Alona : le problème du rapport qualité-prix
Voici mon observation personnelle, en tant que résident, et elle n'a pas valeur de statistique.
Une maison de deux chambres que je suivais est passée d'environ 20 000 à 30 000 PHP par mois en quelques années. Au marché de Tagbilaran, j'ai acheté des mangues autour de 90 PHP le kilo ; sur la zone d'Alona, j'en ai vu affichées autour de 200 PHP le kilo. C'est le même fruit, à vingt minutes de route.
Côté hébergement, l'Oceanica Resort Panglao, l'ancien South Palms, que j'ai connu autour de 75 à 100 € la nuit, est aujourd'hui fréquemment observé autour de 12 000 à 15 000 PHP selon les dates. Ce sont des tarifs constatés, variables, et non des prix garantis.
Le problème de Panglao n'est pas seulement que les prix ont augmenté. C'est que la valeur n'a pas suivi.
Une plage plus chargée, des restaurants plus chers, un service qui n'a pas progressé au même rythme que les tarifs : le voyageur philippin comme le voyageur étranger font ce calcul très vite.
Les requins-baleines : une attraction en moins
En février 2025, le gouverneur Erico Aristotle Aumentado a signé l'Executive Order n° 10 ordonnant l'arrêt immédiat des activités d'interaction avec les requins-baleines dans les communes de Lila, Alburquerque et Dauis. La mesure visait le nourrissage des animaux et ce que des défenseurs de l'environnement qualifiaient de faux écotourisme. Sources : Philippine Information Agency et Bohol Island News.
Sur le fond, je soutiens la logique de protection. Mais commercialement, Bohol a retiré de son offre une activité qui était devenue un argument de vente, sans lui substituer immédiatement une expérience de remplacement aussi lisible pour les agences et les voyageurs.

Oslob : une concurrence qui n'a pas disparu
À Cebu, Oslob continue d'accueillir des interactions avec les requins-baleines, dans un cadre lui aussi très discuté scientifiquement en raison du nourrissage. Le voyageur qui voulait absolument nager avec un requin-baleine dispose donc toujours d'une option, à quelques heures de Bohol.
Je ne dispose d'aucune donnée permettant de dire combien de visiteurs sont passés de Lila à Oslob. C'est une hypothèse de report, pas un fait mesuré.

Transport, tarifs et perception
Un autre facteur est moins visible dans les statistiques mais très présent dans les conversations locales : la perception des coûts à l'arrivée. En 2025, le Bureau of Customs a été saisi de plaintes de touristes coréens à l'aéroport international de Bohol-Panglao, avec une enquête annoncée sur des abus tarifaires, comme l'a rapporté le Bohol Tribune.
En mai 2026, le conseil provincial du tourisme évoquait de son côté la hausse des coûts de voyage et des perturbations sur certaines routes aériennes parmi les causes de la baisse des arrivées (PIA).
Une destination ne perd pas seulement des visiteurs parce qu'elle est chère. Elle en perd quand le voyageur a le sentiment d'être une cible tarifaire dès le trottoir de l'aéroport.
Ce que Bohol fait déjà
La province n'est pas restée immobile : expos de voyage, tarifs promotionnels négociés avec des resorts, programmes de promotion (Bohol Tribune), et une application web lancée avec le DOST et la BISU pour relier les visiteurs à des prestataires vérifiés et remonter des données d'arrivées (Newsbytes.PH).
C'est utile. Mais promouvoir plus fort le même produit ne règle pas un problème de valeur perçue.
Le Bohol que l'on ne vend pas assez
C'est ici que je reviens à mon point de départ. Depuis quinze ans, on vend essentiellement le même circuit : Chocolate Hills, tarsiers, Loboc, Balicasag, Alona. Quatre ou cinq cases à cocher, sur une île qui en compte infiniment plus.
- Anda, sur la côte est, avec ses plages de sable blanc quasi vides en semaine et ses piscines naturelles dans la roche ;
- Candijay et l'arrière-pays, les chutes de Can-umantad, les rizières, les villages où personne ne vous vend rien ;
- Pamilacan, pour l'observation des cétacés depuis des bancas menées par d'anciens chasseurs devenus guides ;
- toute la côte est, de Guindulman à Ubay, où l'hébergement reste à des tarifs sans commune mesure avec Panglao ;
- l'intérieur, entre Sierra Bullones et Bilar, pour ceux qui aiment la moto et les routes forestières.
Je détaille ces zones dans mon guide de Bohol, et vous pouvez les situer sur la carte interactive. Les établissements où j'ai réellement dormi, notes et prix constatés compris, sont dans mon bilan des 17 hôtels testés en 2026.
Conclusion
Les chiffres du premier trimestre 2026 sont partiels, et il faut attendre les données consolidées avant d'en tirer une courbe définitive. Mais la direction est claire, et la baisse domestique de 73 % mérite plus d'attention que la baisse étrangère.
Le problème de Bohol n'est peut-être pas que les touristes ne veulent plus venir à Bohol. Le problème est peut-être qu'ils ne veulent plus acheter le Bohol qu'on leur vend depuis quinze ans.
Questions fréquentes
- De combien le tourisme à Bohol a-t-il baissé en 2026 ?
- Au premier trimestre 2026, Bohol a enregistré 170 016 arrivées contre 417 142 au premier trimestre 2025, soit environ -59 %. Les données proviennent du Regional Economic Situationer du DEPDev et sont présentées comme partielles, une part de la baisse étant attribuée à un report de données incomplet.
- La baisse concerne-t-elle surtout les étrangers ?
- Non. Les arrivées domestiques reculent d'environ 73 % et les arrivées étrangères d'environ 40 %. La contraction du marché philippin est donc le signal le plus important du trimestre.
- Les touristes européens ont-ils déserté Bohol ?
- Rien ne permet de l'affirmer. La ventilation 2026 par nationalité est insuffisante pour attribuer la baisse de 40 % à un marché précis. On sait seulement que le marché coréen, historiquement très présent, recule depuis 2025.
- Peut-on encore nager avec les requins-baleines à Bohol ?
- Non à Lila, Alburquerque et Dauis : l'Executive Order n° 10 de février 2025 a ordonné l'arrêt des interactions avec les requins-baleines dans ces trois communes. L'activité existe toujours à Oslob, à Cebu, dans un cadre lui aussi critiqué en raison du nourrissage.
- Panglao est-il devenu trop cher ?
- Les prix ont clairement augmenté, sur l'hébergement comme sur la restauration et les produits du quotidien. Le vrai sujet n'est pas le niveau de prix en soi, mais l'écart entre ce que l'on paie et ce que l'on reçoit par rapport à d'autres destinations philippines.
- Faut-il éviter Bohol en 2026 ?
- Non. Bohol reste l'une des provinces les plus complètes du pays. Il faut simplement construire son séjour autrement : moins de temps sur le circuit classique Panglao-Chocolate Hills, plus de temps à Anda, Candijay, Pamilacan et dans l'intérieur.
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